13 À la recherche du père…

 

 

Le forum

Forum Ranucci, Peut-on douter ?

a ceci de pénétrant qu’il soulève des pans de vie qu’on ne reconnaissait pas, un album d’où s’évadent de lointains parfums.

Christian avait vécu à Voiron où sa mère tenait un bar « le Rio-bravo« , avant qu’elle ne décide de changer pour s’installer à Nice et devienne propriétaire d’un petit appartement dans la Cité des Floralies. Ayant devancé l’appel, l’armée l’avait affecté au régiment de Wittlich en Allemagne. Là, il avait croisé un certain Alain Rabineau qu’une bonne âme est venu rencontrer il y a quelques années pour un échange libre d’où il est résulté cette interview :

Rencontre avec Alain Rabineau

Comme ils habitaient tous les deux à Nice, Alain Rabineau a noué une relation d’appelés avec Christian Ranucci, sans être véritablement son ami pourtant. Christian était d’un naturel discret et ne livrait peu de choses de sa vie, simplement reconnaître qu’il aimait sa mère pour l’intensité de ce qu’elle représentait pour lui. Parfois il se retirait pour lui écrire, subrepticement en passer d’autres à ses amies de cœur… Il ne disait rien de sa vie amoureuse, rien de ses rencontres.
Alain Rabineau se remémore avec acuité cette scène, lorsque Christian Ranucci s’était enfermé dans les toilettes d’un café. Une telle éternité avait semblé passer que le barman était venu défoncer la porte découvrir le jeune homme perdu dans ses pensées. De cette image particulière, il voudrait en conclure que son compagnon d’armée possédait en lui une fragilité d’esprit par laquelle on apercevait comment il avait pu devenir assassin. Cependant,  comment concevoir que ces jeunes hommes de 20 ans qui se replient sur la fulgurance de leurs émois de temps à autre pour s’isoler du chaos et garder des secrets enfouis au fond d’eux-mêmes , seraient susceptibles de se muer en tueurs d’enfants ?
Les souvenirs d’Alain Rabineau ne désignent nul signe sinon les suites communes de la grisaille de l’enfermement qu’ils ont vécu et qui ressemblait à tant d’autres…
En vérité, Christian Ranucci préservait jalousement tous ses secrets, il avait connu le monde avant de se trouver enrôlé à Wittlich, et l’insouciance l’horripilait sans doute parfois.

Lorsqu’il est retourné à Nice au mois d’avril, il a repris sa mobylette et s’est accordé quelques jours de vacances avant de partir rechercher un emploi. On lui a proposé de continuer ses études, mais il ne l’a pas souhaité, ayant conscience que sa mère était fatiguée et qu’il convenait maintenant de gagner sa vie.

Il a trouvé assez rapidement du travail dans une entreprise de climatisation comme représentant.

Un jour de pluie la mobylette a glissé alors qu’il remontait la côte des Floralies et Christian s’est blessé à la tête, sa mère se souvenait que son visage était en sang, et son pantalon s’est déchiré, taché… C’est du moins ce que raconte Madame Mathon, car bien entendu, rien de tout cela n’intéressa l’enquête.

Depuis, le pantalon bleu se trouvait remisé au garage attendant l’occasion d’une réparation pour servir de vêtement de travail. Ce garage devait bientôt accueillir la voiture que sa mère avait décidé de lui offrir pour ses vingt-ans, un coupé Peugeot 304 gris qu’il avait choisi lui-même.

Alain Rabineau marqua sa surprise, car Christian le croisant dans Nice lui a annoncé qu’il souhaitait se rendre à Marseille et lui a proposé de l’accompagner avec une surprenante insistance. Quand Alain à refusé, Christian a montré du désappointement.

C’était une marque de confiance d’une grande valeur qu’il attribuait à son ami, ce qu’il n’a pu apercevoir…

Christian avait décidé de partir à la recherche de son père qu’il n’avait pas vu depuis sa plus petite enfance, l’ayant laissé s’éloigner dans les limbes du souvenir.

Sans doute cette aventure devait elle paraître tout autant envoûtante qu’angoissante, à ce point qu’il n’avait pu rien en dire à quiconque. Il espérait sans doute conquérir avec son charme ces compréhensions muettes qui désignent une véritable complicité, une attention dont M. Rabineau était à nul doute bien incapable à cette époque.

Avec lui, durant le séjour à Wittlich, Christian avait pu évoquer sa mère, le fait qu’elle gagnait sa vie difficilement en gardant des enfants, mais jamais il ne fut question de son père.

Il avait caché le but véritable de son périple, à nul doute.

Cependant, quand il a proposé à sa mère de l’accompagner, comme il l’avait fait avec l’ami Rabineau, c’était cette fois une manière de trouver un prétexte d’effacer son projet, de résister à ce qui lui donnait pourtant ce désir fulgurant. Il serait parti en promenade avec elle et l’image de son père se serait estompée, auraient-ils visité l’arrière pays niçois, Saint-Paul de Vence…

Posséder une voiture, c’était se donner la force et la puissance de réaliser sa quête. S’attribuer une tentation vibrante cependant, comme celle de retrouver celui à qui l’on doit la vie après temps de temps, fait se consumer l’esprit en de terribles conjectures.

Il n’avait d’autre raison impérieuse de choisir Marseille, sinon d’entreprendre de gagner Allauch et retrouver la maison de son père.

Cette relation des faits que nous accorde M. Rabineau, survenue des années après, éclaire cette curieuse insistance de Christian et conforte cette hypothèse. Car bien sûr personne n’a songé à  lui poser cette question, alors qu’il était emprisonné, et son voyage fut présenté fallacieusement comme une chose naturelle, un périple sans objet ni escales, n’ayant pour l’accusation d’autre motif que celui de le transformer en ogre, par sorcellerie.

On ne saurait pourtant concevoir pareille métamorphose, il n’existe aucun signe d’une attirance particulière pour les enfants, surtout pas ceux qu’il côtoyait tous les jours au  domicile des Floralies.

S’il se dirigeait vers Marseille, c’est qu’il venait chercher quelque chose d’important à ses yeux, réaliser sa lignée, connaître enfin celui qui lui attribuait son nom. Ça et là, a-t-il laissé quelques rares réminiscences, presque invisibles à qui ne prête attention.

L’on pouvait deviner, aussitôt que l’on se donnait la peine de fouiller un peu le mystère de ses déclarations, qu’il était parti pour cette cause insurmontable…

Il est parti seul, prenant la voiture pour la première fois. Il a tout d’abord fait route vers Salernes, où il avait passé les plus beaux étés de sa vie avec Monique, ses vacances d’enfant. Il y a croisé des touristes allemands avec lesquels il a échangé des impressions, sans doute évoqua-t-il Wittlich, quelques mots d’allemand.

Il a repris la route et il est entré dans Marseille le soir du dimanche 2 juin…

Il était peut-être vingt-heures du côté du quartier de la Rose, un chien est passé juste devant ses roues et s’est projeté contre la carrosserie. M. Moussy s’est présenté, il a proposé de témoigner en sa faveur pour le cas où Christian constaterait des dégâts sur sa carrosserie.  Il voulait bien attester que le chien s’était précipité sur la route, qu’il ne pouvait dans cette situation manquer de le heurter. Il a bien aimablement laissé son nom et son adresse sur un bout de papier que Christian a rangé dans son portefeuille.

Parvenu jusqu’au centre de Marseille, Christian s’est garé dans le quartier de l’Opéra. Vers neuf heures le soir, il a entrepris d’écumer les bars, boire à n’en plus finir, ces sortes de dérives que l’on pratique lors des sorties à Wittlich, pour tromper l’atonie du soir.
Il a bu, pour surmonter l’angoisse qui le tenaillait à l’idée de revoir Jean Ranucci. Il a erré toute la nuit sans dormir, jusqu’au petit matin, de bars en bars.

L’enquête ne s’y intéressa pas, les procès-verbaux de ses interrogatoires signalaient qu’il avait dormi à Salernes, non pas qu’il se trouvait à Marseille, l’instruction s’en contenta.

 

« Vers vingt heures, je pars en suivant la nationale qui me conduit jusqu’à Aix-en-Provence. J’y effectue juste une halte, pour faire refroidir le moteur, car il est tard et il me faudra encore une heure de trajet avant de trouver un bar-restaurant ouvert vers le Vieux-Port ou l’Opéra à Marseille. J’ai passé toute la nuit dans ce quartier. Je suis un buveur d’eau minérale, de thé et de boisson non alcoolisée, mais il m’arrive parfois, et rarement, de boire en une seule nuit ce qu’un français moyen boit en trois ou quatre semaines. Ce fut le cas ce soir-là où j’ai veillé toute la nuit de dimanche.« 

Christian Ranucci, « Récapitulatif« , Mai 1976

 

 

Chapitre 14
 

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6 Commentaires

  1. Admin, ne vous fâchez pas si je reprends des arguments qui ne sont pas les vôtres mais…

    Nous aurions un Christian Ranucci qui cache aux gendarmes et aux policiers sa commotion, ne mentionne pas qu’il s’est arrêté à l’endroit où on a retrouvé le cadavre (il pouvait dire « Je me suis arrêté pour réparer la roue sur le bas-côté,j’ai mis les feux de détresse. J’ai entendu du bruit, des cris d’enfant mais je suis innocent »…), prétend être en provenance d’Aix-en-Provence, situe son accident à 16h. Il ne dit à aucun moment que le pantalon était ailleurs que dans sa voiture (jusque dans son « Récapitulatif » dont vous citez un extrait), il ne mentionne pas la visite à son père… Nous aurions donc affaire à un sadomasochiste qui se trompe d’enjeu et préfère perdre sa tête plutôt que son permis de conduire… Heureusement que le ridicule ne tue pas.

    • Plus exactement les policiers écrivent ce qu’ils veulent sur un procès-verbal. Il n’y a pas d’avocat pour veiller au respect de la procédure et de la vérité. Il se souvient de la barrière parce qu’elle était fermée et qu’il a dû la soulever en repartant de chez les Rahou, maintenant les premiers PV de sa garde-à-vue sont pleins de choses fausses qui n’ont pas d’intérêt parce qu’on ne peut pas en déduire un fil cohérent. On lui fait dire qu’il a dormi à Salernes alors qu’il était à Marseille et les enquêteurs dévient de la vérité pour dissimuler le fait qu’il avait trop bu et donc qu’il n’était pas en état d’enlever une fillette, là-dessus se superpose le fait qu’il ne veut pas révéler qu’il était à Allauch, donc il prétend venir d’Aix mais cela n’a pas plus de sens que cela. À chaque fois vous revenez à la charge en disant que le pantalon était dans le coffre puisqu’il ne dit pas le contraire. Cela n’enlève rien au fait qu’il y a deux faux en écriture qui démontrent que le pantalon était dans le garage et que les taches de sang correspondent à l’accident de mobylette et pas au crime.

      Mais on a déjà dit cela cent fois et la seule méthode c’est de nous dire : mais prenez le dossier pour argent comptant, on ne pouvait pas se tromper. Tant mieux, puisque vous êtes sûr de vous et que tout va bien. Mais je vous conseille d’aller le dire ailleurs, il y a déjà cinq ou six commentaires où vous répétez toujours la même chose. Ce n’est pas de répéter qui donne l’accès à la vérité, c’est la force des déductions. Mais où sont elles ? Nulle part. Il faut croire ce qu’écrivent les policiers, donc que l’accident a eu lieu à 16 h ? Pourquoi sur ce PV les flics ne le contredisent pas quand ils retranscrivent des carabistouilles ? Parce qu’ils cherchent à le piéger mais cela n’a pas plus de sens, il aurait mieux valu écrire ce qu’il dit à ses avocats : je suis tombé dans les pommes et ensuite c’est le trou noir.

      De toutes façons quelqu’un d’autre que lui a conduit la voiture parce que pour l’emmener dans ce tunnel, il fallait connaitre et que lui ne connaissait pas. C’est un élément incontournable. Si on ne connait pas l’existence de ce tunnel on ne peut pas s’y rendre. Et il ne le connaissait pas.

      Si je prends le scénario de l’accusation : il tue la gamine sous les yeux des Aubert quasiment et tout de suite après il monte dans sa voiture pour se rendre dans un tunnel improbable guidé sans doute par des extraterrestres et Mik Ezdanitoff de la revue « Planète » : donc conclusion, la Peugeot est pleine de sang.

      Eh bien figurez-vous qu’on ne retrouve pas une goutte de sang dans la voiture, donc le meurtre a eu lieu bien plus tôt, le meurtrier a eu le temps de se changer et donc cela ne peut pas être Christian Ranucci.

      Voilà, ça c’est une démonstration.

    • Là ce n’est pas le ridicule qui a tué Christian Ranucci, c’est le fait de truquer le dossier 4 fois.

  2. On censure ? On sait plus « démontrer » ?

    • Mais oui je censure, et pas que vous : les invectives, les insultes, les injures, les répétitions. Passé un moment, vous ressassez les mêmes arguments pour rendre les pages illisibles, les gens qui viennent ont plein de démonstrations pour réfléchir par eux-mêmes et se faire leur propre opinion, et je les invite à être d’une opinion divergente de la mienne si bon leur semble, je leur souhaite simplement d’être mieux informés et de pouvoir s’affranchir de telle ou telle affirmation si elle ne leur semble pas logique ou étayée.

      • Je n’ai rien dit de mal sur ce post pourtant, je vous ai mis face à vos contradictions, et le fait que vous reniez ce que dit l’intéressé. C’est peut-être ça qui vous a contrarié, désolé !!

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