30 L’arme du crime dissimulée une seconde fois le 6 juin ? ou la preuve controuvée… (fin)

 

La reconstitution conduite par le juge d’instruction ne lève aucune ambigüité…

Le procès-verbal qui rend compte de la reconstitution effectuée par Mme Di Marino le 24 juin 1974 énonce que Christian Ranucci aurait indiqué l’endroit où il s’était débarrassé du couteau :

« Nous nous sommes enfin rendus à la champignonnière. Ranucci a reconnu l’endroit situé à quelques mètres de l’entrée de cette champignonnière où il avait enfoui le couteau, arme du crime, dans un tas de fumier.« 

Le juge d’instruction, tandis que l’inculpé risque la peine capitale, ne s’embarrasse pas de précisions inutiles, cependant qu’il eût été préférable que Christian Ranucci indiquât l’endroit avant que le couteau ne fût déterré. Il semble que cela s’avérait si simple, à lire le compte rendu de la reconstitution…

Après coup, la force probante d’une telle reconnaissance s’en trouve profondément amoindrie et sa valeur anéantie. Cependant, l’indication n’est pas seulement imprécise, elle est entachée d’erreur… L’endroit se situe à une bonne centaine de mètres de l’entrée du tunnel, non pas à « quelques mètres ». Ce qui laisse apercevoir que l’on s’est contenté de poser une question vague à Christian Ranucci et qu’il n’a rien reconnu de précis.

La photographie prise à cet instant désigne l’amas de tourbe gisant au bord de la haie du côté est et l’on ne comprend pas que le jeune homme ait été incapable de le préciser aux enquêteurs si véritablement il avait caché le couteau à cet endroit précisément.

 

Extrait du film de Xavier-Marie Bonnot « Ranucci, la vérité impossible »

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« Et le couteau, il nous dit où est le couteau, or on serait en train – 32 ans après – en train de le chercher, s’il ne nous le dit pas, on ne le trouvera jamais le couteau, c’est impossible, c’est impossible…« 

À moins qu’un autre événement – ainsi le fait assez probable que le chien pisteur a fait un détour vers la partie du tas de tourbe située sous la haie à l’est du terre-plein – n’ait suggéré aux gendarmes de poser le détecteur de métal à cet endroit dès le 5 juin, soit le jour d’avant sa découverte prétendue, tandis que Christian Ranucci n’a pas encore été arrêté…

« Il y avait une petite cabane en ciment quoi, en aggloméré, ou ciment je ne sais pas trop, qui a permis à Ranucci d’indiquer aux gendarmes précisément où était le couteau… « 

Cependant Christian Ranucci n’a jamais été en contact de quelque manière que ce soit directement ou indirectement avec les gendarmes, sinon ceux de Nice, ce sont les policiers uniquement qui l’ont interrogé… Les aveux n’évoquent nullement une quelconque cabane… Le rapport des gendarmes n’évoque aucune collaboration de Christian Ranucci quant à la découverte même du couteau…

« Alors au début ils ont cherché. Le tas de tourbe était assez vaste puisqu’il faisait 17 mètres sur 10 mètres, ce qui représente 170 mètres carrés – c’est énorme. Et il y avait beaucoup de morceaux de métal, parce que c’était un peu un dépotoir, on jetait de tout dans ce tas de tourbe. À un certain moment ils ont rappelé l’Évêché en disant : on a du mal à trouver ce couteau, pour l’instant on ne le trouve pas, cela fait une heure et demi que l’on cherche…« 

En réalité, le tas de tourbe ne possède pas la surface d’un carré uniforme mais prend la forme d’un croissant et son étendue est moindre, de même n’y rencontre-t-on nul métal particulièrement, et les gendarmes ne cessent jamais d’être en communication avec les policiers par radiotéléphone… Il apparaît donc que les nombreuses indications sont bien au contraire fort brumeuses, à tout le moins.

« Et là on a demandé des précisions à Christian Ranucci et il a situé le couteau – c’est marqué dans le rapport de gendarmerie – à partir de cette petite maison en béton là… »

Pour le cas où les policiers auraient obtenu d’autres précisions que la seule phrase vague que transcrit le procès-verbal de ses aveux, ceux-ci n’auraient pas manqué de les consigner dans un procès-verbal supplémentaire pour en attester.

La vérité est autre, car tandis que les gendarmes commencent à chercher à 17h30, Christian Ranucci se trouve déjà dans le bureau du juge d’instruction qui ne lui pose aucune question à ce propos et lorsqu’ils déterreront le couteau, il sera dans un fourgon en route pour la prison des Baumettes. Par cette conséquence était-il dans l’impossibilité de donner quelque indication supplémentaire que ce fût et seuls les policiers sont en communication avec les gendarmes à cet instant.

« La chose qui m’a le plus surpris, c’est la reconstitution… quand le juge en présence de ses avocats lui demande dans la champignonnière où il a mis le couteau… Il est parti comme un fou, il m’a traîné d’un coup avec ses menottes. J’étais menotté à lui je veux dire, le bras gauche et lui, son bras droit, j’étais menotté à lui ; il m’a traîné d’un coup sur une vingtaine de mètres, quitte à me faire trébucher, mais sans méchanceté voulue, aucune… Et avec une certaine fierté, il a dit au juge : c’est là que je l’ai mis, que je l’ai enfoncé… Pile l’endroit où le couteau avait été retrouvé, il faut le faire quand même… »

Si cette indication était tellement détaillée et correspondait à ce point au schéma des gendarmes, pourquoi n’en subsiste-t-il plus aucun écrit, et pourquoi n’en est-il fait aucune mention dans le procès-verbal de la reconstitution, tandis qu’une photographie prise à l’instant même le désigne avec toute la justesse voulue ? Si, depuis le tunnel, il n’y a qu’une vingtaine de mètres pour aboutir à l’emplacement, alors ce ne peut pas être celui du couteau, qui est beaucoup plus loin vers la lisière du terre-plein. L’endroit que cite Pierre Grivel n’est donc pas le bon en tout état de cause.

Par ailleurs, pourquoi attendre la reconstitution pour l’emmener sur les lieux, s’il se souvient avec une si grande acuité 15 jours après les faits où le couteau se trouvait caché ? Pourquoi ne pas le conduire à cet endroit aussitôt les aveux consignés, et pour quelle raison requérir les gendarmes et les laisser s’égarer vainement durant près de deux heures… ?

« Il avait l’air tout fier de dire : voilà mon couteau, parce qu’il avait l’air d’y tenir à son couteau… Mon couteau, c’est là que je l’ai mis, comme un enfant qui dit : voila, j’ai caché mon jouet ici, personne ne me le prendra… »

Nonobstant l’aspect caricatural de cette description où l’on en viendrait presque à penser que l’on parle, non pas d’un jeune homme mais d’un chien de compagnie qui enterre des os dans le jardin, s’il tient si fort à son couteau, on ne comprend pas que personne ne songe à lui demander les indications nécessaires quant aux circonstances de son acquisition sinon la juge d’instruction de façon extrêmement vague, et les raisons de cet attachement étrange et maladif… Tout ce qui se produit semble accréditer l’idée bien au contraire que les enquêteurs ont conscience que le couteau ne saurait lui appartenir.

Et par renversement, il semble plutôt que c’est bien la vérité qui se trouve ensevelie sous l’amoncellement des circonstances et des contradictions. Toutes ces personnes – qui ont tant de choses à se reprocher dans cette affaire – se pressent autour de cet étrange jouet immoral, une preuve faussée, s’évertuant avec une candeur feinte, à ce que la vérité ne puisse jamais réapparaître…

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Que le couteau ait pu être découvert dès les premières investigations, le 5 juin 1974, tandis que Christian Ranucci n’était pas encore arrêté, après que le chien ait été mis en piste et qu’il se soit déporté du sentier pour rejoindre la haie qui borde le terre-plein, est une supposition qui se fonde par la teneur, le rapprochement et la datation même des pièces de procédure. Elle provoqua une vive réaction lorsque, sur le forum, l’idée qui n’était que suggérée jusqu’à présent, fut clairement énoncée, comme en témoigne ceci :

Extrait du programme « Le Droit de savoir » – présenté par Charles Villeneuve

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« Il [Gilles Perrault] laisse entendre que l’on a trouvé le couteau la veille et qu’on fait remettre le couteau à l’endroit où il était. On fait avouer Ranucci par la force – on lui fait dire ce que l’on veut -, on lui fait dire donc que le couteau était à cet endroit. Et ensuite les gendarmes vont refaire semblant de trouver le couteau à l’endroit où Ranucci vient de l’indiquer puisqu’on l’a suggéré à Ranucci : et tout cela, ça ne tient pas debout… »

Pour l’heure, c’est bien plutôt la version qui voudrait mettre en corrélation l’utilisation du détecteur de métaux avec les aveux de Christian Ranucci – aveux qui n’évoquent jamais le fait d’enterrer le couteau mais indiquent qu’il aurait « donné un coup de pied dedans » – qui ne tient pas véritablement debout, de même le fait de ne pas lui demander d’accompagner les policiers sur les lieux et de faire vagabonder un capitaine de gendarmerie pendant près de deux heures.

« La thèse de Gilles Perrault consistant à dire que ce serait des policiers éventuellement qui auraient placé là le couteau est folle, elle est folle ! : encore faudrait-il à ce moment là démontrer quel policier, pour quel motif ?… »

Gilles Perrault n’a jamais formulé ce scénario – restant persuadé jusqu’à récemment que le couteau pouvait appartenir à Christian Ranucci, et se contentant de noter les contradictions apparues entre les pièces de procédure.

Qui aurait commis pareil bonneteau ? Il n’appartient plus à personne de dénoncer quiconque, cela ne revêt qu’un intérêt subalterne, en revanche s’il s’agit d’en connaître le motif, il semble qu’il soit pourtant limpide, tenter de faire accroire que le couteau appartient à l’accusé sans contestation puisqu’il est prétendument retrouvé sur ses indications…

Le trémolo dans la voix qui transparaît lorsque Maître Collard énonce le mot « faudrait-il démontrer » laisse entendre que beaucoup parmi les auxiliaires de justice chargés de ce dossier – en partie civile ou en défense -, et mieux encore le siège et le parquet de Marseille, savaient pertinemment ce qu’il en était en vérité de cette prétendue preuve – controuvée.

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Les chances sont infimes pourtant qu’un jour l’un des protagonistes de ce qui ressemble fortement à une mise-en-scène vienne révéler de si sombres mystères et bien plutôt est-il préférable qu’ils aient oublié « trop de choses« …

On a invoqué la thèse du complot, pour mieux la railler, mais il ne s’agit pas d’un complot, bien plutôt d’un malheureux rapiéçage, sans doute en partie improvisé. Un racommodage que ne pouvaient cependant ignorer les autorités judiciaires, que ce soit le siège ou bien le parquet.

 

Il est fort vraisemblable que ce couteau est bien l’arme du crime. On n’en saura jamais plus car le président Antona et le jury ont tenu à ce que figure dans l’arrêt de condamnation à mort le fait qu’il était confisqué à Christian Ranucci, sans doute pour appuyer maladroitement l’hypothèse que cette arme lui aurait appartenu.

Ce n’est vraiment pas de chance, il a depuis été détruit.

La manœuvre est malhabile, car il apparaît bien que ce couteau appartenait à l’homme au pull rouge et que celui-ci l’a caché dans le tas de tourbe en remontant du tunnel, comme il venait de cacher le corps de l’enfant sommairement sous des branches, comme il venait de cacher le pull rouge derrière des planches. Tout s’enchaine.

Et l’homme au pull rouge n’est pas, ne peut pas être Christian Ranucci.

 

 

Ni vu ni connu, tout embrumer…

Que se passe-t-il à ce moment dans le bureau du juge d’instruction, le soir du 6 juin ? Le magistrat s’est employé à faire de la glose d’aveux, reprendre les phrases de l’inspecteur Porte pour les retranscrire d’une autre façon.

Et bien entendu l’on évoque le couteau, mais pour Christian Ranucci, le couteau, c’est son Opinel, qu’il garde avec ses outils de premier secours… Et la juge le croit aussi, l’Opinel bien sûr ! Ce couteau à nul doute appartient à Christian Ranucci et veut-il bien le reconnaître…

 

Au cours de l’entretien, un inspecteur a-t-il sans doute contacté le cabinet du juge pour l’informer du début des recherches, et soudain est apparu au yeux du magistrat l’impair qu’elle venait de commettre : hélas non, l’Opinel n’est pas en cause, il fallait en vérité comprendre – le couteau à cran d’arrêt, à manche de nacre… Aussitôt le juge d’instruction fait modifier la rédaction des aveux :

 

Cette méprise ne donne lieu à aucune autre interrogation, comme s’il ne fallait surtout pas s’interroger sur le couteau lui-même et tenter de percer à jour la raison pour laquelle il a pu se persuader tuer l’enfant avec un opinel tandis qu’un cran d’arrêt était en cause. Mme Di Marino rectifie le procès-verbal en amoindrissant l’interversion au rang d’une simple erreur de plume, tandis que cette méprise fait pourtant apparaître avec un éclat singulier qu’on a fait avouer tout ce qu’on voulait à Christian Ranucci, et surtout n’importe quoi.

Et là, commence une comédie dont il est facile de deviner les ressorts.

Le lendemain, nous sommes un vendredi, le 7 juin, Ranucci n’a pas d’avocat, il a subi la veille 24 heures sans dormir à répondre à des questions dans tous les sens, et la juge le convoque dès le matin pour qu’il reconnaisse le couteau et qu’il n’ait pas le temps de se poser des questions – le procédé est parfaitement illégal mais l’on remarquera que la défense ne demandera jamais l’annulation de cette pièce obtenue dans de telles circonstances :

Jamais on ne cherchera à savoir comment, et où, et à quel moment exactement, et pour quel usage, il aurait acquis ce couteau – ce qui semble capital pour juger de la préméditation : s’il vient de l’acheter, le poids de la préparation du crime n’est plus du tout le même que s’il le détient depuis trois ans.

Cela n’intéresse pas le magistrat instructeur et celui-ci se contente de dicter cette assertion brumeuse à sa greffière deux jours après la reconstitution, le 26 juin 1974 :

« En ce qui concerne les couteaux que j’avais au moment des faits, l’un sur moi et l’autre dans la voiture, je ne sais plus où je les avais achetés, j’avais du acheter l’opinel en Allemagne ainsi que tous les militaires le faisaient, j’avais acheté le couteau automatique il y a plusieurs mois à Nice ou en Allemagne, je ne sais plus dans quel magasin.« 

Le juge Di Marino laisse entendre que Christian Ranucci se servait d’un Opinel durant son service, et qu’il aurait acquis un couteau à ouverture automatique on ne sait où – il y a suffisamment longtemps pour qu’on ne puisse le savoir – et surtout sans raisons… Or ce n’est pas une arme que l’on acquiert sans raisons.

Cependant il dispose simplement du bon levier : « ce couteau, vous ne pouvez pas nier qu’il vous appartient parce qu’on ne l’aurait pas découvert sans vos indications. »

Mme Di Marino tente par ailleurs de rétablir le quiproquo survenu la veille et ce qu’elle dicte à sa greffière semble assez stupéfiant…

L’on constatera l’absurdité de la situation, voilà Christian Ranucci parti pour un éventuel pique-nique et l’on suppose qu’alors il va prendre dans le coffre et dans sa boîte à outil l’Opinel, qui est le couteau tout indiqué pour le saucisson, les pommes et les tranches de pain. Pourtant, il aurait placé le couteau à cran d’arrêt dans sa poche et laissé l’Opinel ? Il aurait confondu l’Opinel et le cran d’arrêt ? Rien ne concorde, mais l’on s’étonne alors que Mme Di Marino ne pousse pas plus loin son avantage et lui fasse remarquer l’incohérence de ce qu’il vient de lui dire. Et dès lors, peut-on mieux contempler qu’il n’est d’autre objet à cet interrogatoire que d’affirmer que le couteau lui appartient de façon définitive, et s’il en était autrement, lui aurait-elle posé de multiples questions sur le fait qu’il avait eu besoin de se munir d’une arme que l’on voit bien mieux entre les mains des protagonistes guerriers du film West Side Story de Robert Wise où se jouent volontés de défense et d’agression tout autant…

Si l’on a fomenté ce trucage, les gendarmes ayant extrait le couteau le 5 juin avec la poêle à frire, de le réintroduire dans la tourbe le lendemain pour mettre en scène une seconde découverte le 6 juin, Christian Ranucci ne peut rien y surprendre. Il se trouve confronté à cette évidence dont il ignore la cause, et lorsqu’on assène : « il est à vous parce que c’est par vos indications qu’il a été trouvé », l’accusé ne peut plus répondre, sinon acquiescer aux assertions de la juge.

Un fait s’impose, lorsque cette question est posée, les avocats ne sont jamais présents. Ils interviennent après la bataille constater le dilemme de Ranucci : comment va-t-on faire pour dire qu’il ne vous appartient pas puisque vous reconnaissez le contraire devant le magistrat ?

Et le magistrat se sert de ce retournement à l’envi, avec une terrible délectation, car il sait que demain, l’avocat général aura beau jeu de brandir le résultat de cette mise-en-scène pour obtenir la tête de l’accusé.

Le 27 décembre 1974, lors de l’interrogatoire de dernière comparution qui se déroule naturellement sans l’assistance d’un conseil, tandis que Christian ne reconnaît plus les faits, la juge d’instruction dicte ceci à sa greffière :

« Je reconnais par contre que c’est bien moi qui ai indiqué aux enquêteurs à quel endroit était le couteau m’appartenant et que vous m’avez montré lorsqu’il a été retrouvé. Mais par contre, je ne sais pas ce que j’ai pu faire avec ce couteau. Je ne me souviens pas avoir enlevé quiconque; je ne me souviens pas avoir mortellement frappé quiconque.»

Tout est ainsi en place dans un cercle parfaitement refermé : le couteau lui appartient parce qu’il est censé avoir indiqué aux enquêteurs les moyens de le découvrir.

Cependant, Christian Ranucci se souviendra ensuite que le lundi de Pentecôte étant férié, il ne pouvait avoir acheté une arme de cette nature, et n’avait-il jamais eu l’idée d’en acquérir une, si peu conforme à son état d’esprit et sa personnalité. C’est un objet qui convient aux petites canailles lorsqu’elle veulent impressionner, parfois qu’utilisent les militaires engagés, parce qu’elle est conçue comme une arme de survie…

 

Alors, ne demeurent en toute fin que deux solutions :

– Ou bien le couteau a-t-il été découvert le 6 juin après que Christian Ranucci ait avoué l’avoir jeté, et les désordres que l’on constate sont dus à l’incompétence des policiers qui, pris par l’urgence et les pressions, ont perdu toutes leurs capacités d’analyse et de réflexion et n’ont pas même l’idée de conduire l’inculpé sur les lieux, et devrait-on conclure que l’arme du crime appartient à Christian Ranucci et qu’il s’agit bien de la preuve parfaite de sa culpabilité.

– Ou bien la réalité est d’une toute autre nature : le couteau a été découvert le 5 juin dans l’après-midi par les gendarmes qui ont eu la présence d’esprit de passer le détecteur de métaux qu’ils avaient à leur disposition au-dessus de la tourbe que le chien pisteur avait longée, ce qui reliait l’arme au possesseur du pullover rouge.

Le couteau placé sous scellé n°8 a été transmis aux policiers avec les 5 autres pièces à conviction qu’ils avaient recueillies dans la matinée du 6 juin, tout comme avec les moulages de roues.

À la suite de constater que le pull rouge n’appartenait pas à Christian Ranucci, la décision a été prise de dicter dans le procès-verbal le fait qu’il aurait indiqué le lieu où ce même couteau était caché, et de rapporter ensuite la pièce à conviction qui se trouvait à l’Évêché, de retirer momentanément la fiche de scellé qui lui était attachée et le replanter dans la tourbe.

Puis quérir les gendarmes pour le rechercher et le déterrer une seconde fois. La mise en scène a duré deux heures parce qu’il était nécessaire de laisser le temps de rapporter la pièce à conviction de Marseille jusqu’à Peypin, délai pendant lequel le capitaine Gras a – littéralement – fait semblant de fouiller les chemins et les bois en se gardant d’approcher l’entrée du tunnel.

Et l’on doit en conclure en ce cas que le couteau n’a rien à voir avec Christian Ranucci mais qu’il se rapporte plus vraisemblablement à cet homme qui cacha d’abord un pull rouge derrière des planches et, remontant à pied vers la route, aurait eu l’opportunité de traverser le champ, d’aller sur la lisière du bois et d’enfoncer l’arme avec sa main dans la tourbe pour ensuite revenir sur le chemin…

Ainsi l’on a obtenu la condamnation de Christian Ranucci sous l’égide d’un troisième trucage, et le couteau aurait bel et bien été découvert une première fois le 5 juin, puis replanté le lendemain 6 juin, afin de laisser accroire que sa découverte suivait les aveux de l’inculpé, tandis que bien plutôt, elle les précédait.

L’interrogation est terrible, mais elle est juste. Elle montre à quel point l’innocence ou la culpabilité d’un homme, tiennent finalement à de bien subtiles pensées.

 

 

 

 

 

 

« Il étaient nombreux sur les lieux du crime, juge, procureur, secrétaire, policiers, à attendre que je leur montre comment s’était passé ce meurtre que je n’avais pas commis. Mes nerfs ont craqué. La gorge nouée je dis au juge Di Marino : « Ce n’est pas moi ! Ce n’est pas moi ! »

– C’est trop tard pour le dire », me répondit-elle.« 

Christian Ranucci, Récapitulatif, mai 1976

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque l’on examine les deux fiches de scellés ci-dessous, celle qui est attachée au pullover rouge (au-dessus) et celle qui est attachée au couteau (au milieu), l’on constate que la machine à écrire qui a servi à les établir est la même et que la signature est la même.

Lorsque l’on compare ensuite la fiche de scellé attachée au couteau (image du milieu) avec avec le procès-verbal qui détaille la saisie et la mise sous scellé dudit couteau (au dessous), l’on constate que les machines à écrire utilisées sont différentes (ceci se remarque notamment à la forme du  » 4  » ).

Ceci tend à démontrer que le couteau a bel et bien été saisi le 5 – avec le pull – et non pas le 6 comme l’accusation le prétend car sinon la machine ayant servi à taper la fiche de scellé du couteau devrait être la même que celle utilisée pour taper le procès-verbal de saisie, d’autant plus que c’est la même personne – l’adjudant Monnin – qui établit les deux.

Ceci , indépendamment de l’indication de la date d’ouverture de procédure du 5 juin qui figure sur les scellés :

 

 

 

 

Chapitre 29

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