41 Ce qui se passa après le crime à midi…

 

À midi, l’horrible sacrifice une fois accompli, cette colère assouvie dans la violence des coups de couteau, l’on peut en déduire ce que fut la première obsession du meurtrier : ôter ses vêtements souillés et se changer avant tout.

Et dès lors il était primordial de regagner le chemin de la Doria et reprendre dans la Simca 1100 des vêtements de rechange, entasser la chemise, la veste, le pantalon au fond d’un sac avant de revenir sur les lieux cacher du mieux qu’il se pouvait le corps de l’enfant, même sommairement. Et peut-être y ajouta-t-il une protection pour ses mains lorsqu’il couperait les buissons destinés à le recouvrir.

Sans doute venait-il de revenir depuis la voiture à pied jusqu’au talus, et peut-être avait-il pris quelques instants pour arranger quelques branchages et masquer son forfait, et reprenait-il son sac avec l’intention de l’enfouir dans le tunnel isolé au cœur du domaine de la champignonnière qu’il connaissait assurément.

Il était 12h 30 lorsqu’il entendit une voiture s’arrêter en contrebas sur la route, peut-être une dizaine ou une vingtaine de mètres plus bas que l’aplomb du talus par où Marie-Dolorès avait tenté de s’échapper.

La voiture immobilisée,  l’homme au pullover rouge s’est à nul doute attendu à ce que quelqu’un en descende. Pourquoi viendrait-on précisément se ranger à cet endroit qui ne recèle rien d’autre que des broussailles ?

Or comme l’on s’en souvient, Christian Ranucci déclare à ses avocats dès le début de l’instruction qu’il était achevé par l’accident, que son esprit avait perdu sa clarté, qu’il s’était effondré dans sa voiture même, sans jamais en sortir.

Or donc le meurtrier s’approche du véhicule, le sac avec lui. C’était un coupé Peugeot de couleur grise.

À cet instant, il entend une voiture et la voit surgir du virage, celle que conduit M. Aubert. Précipitamment, il grimpe dans les taillis pour échapper à son regard.

 

Il perçoit la porte de la voiture des Aubert claquer, les pas du conducteur descendre le long de la route et celui-ci se hasarder à l’interpeller : « revenez, il n’y a que des dégâts matériels.« 

L’homme au pullover rouge comprend désormais de quoi il retourne : le conducteur de cette seconde voiture qui vient de surprendre sa présence furtivement est témoin d’un accident dans lequel le coupé Peugeot est impliqué. On recherche celui qui s’est enfui pour établir un constat amiable et se trouve là précisément, dans l’habitacle, inconscient.

 

L’homme au pull rouge ne bouge pas et ne dit pas un mot, ainsi M. Aubert témoigne qu’il n’y a aucun bruit et qu’il ne voit plus personne… Tout à côté gît le corps de l’enfant. Le meurtrier entend la voiture de M. Aubert repartir. Et c’est alors qu’il s’approche à nouveau près du coupé 304 pour découvrir celui qui vient par coïncidence d’occuper le plus périlleux des emplacements.

La voiture de Christian Ranucci, aux yeux de l’homme au pull rouge, ne peut pas rester à cet endroit. Elle forme un signal, on finirait par chercher tout autour, peut-être même découvrirait-on le corps si mal dissimulé. Et peut-être, avec quelque malchance, la voiture de M. Aubert va-t-elle revenir pour obliger le fuyard à établir un constat et donner son identité. On ne saurait perdre une minute, il faut que cette présence incongrue disparaisse au plus vite.

De le voir ainsi effondré sur son siège, l’homme au pull rouge ouvre la portière. Tente de le secouer sans que celui-ci jamais ne réagisse d’aucune façon.

Il faut pourtant retirer le coupé Peugeot, et la présence d’esprit de prendre la place du conducteur s’impose d’elle même car s’il réussit à le faire démarrer, se trouvera-t-il prestement rejoindre le tunnel y déposer le sac.

Cet homme n’a pas d’autre intention, ni d’autre pensée, il avance dans son propre brouillard pour se débarrasser au mieux, au plus tôt, de tout ce qui rappellerait à son image ce qu’il vient d’accomplir.

Comment s’y est-il pris pour basculer le corps inerte du jeune homme sur la banquette arrière ? Nul ne le sait, cependant y est-il parvenu assurément. Ce qui le démontre se déduit du simple fait que la voiture de Christian Ranucci se soit retrouvée précisément embourbée à l’endroit exact où l’on a découvert le pullover rouge.

 

Il fallait bien que quelqu’un ait emmené le jeune homme à cet endroit très précis et nulle part ailleurs ; le hasard ne peut pas y rejoindre son compte et la concordance de l’un et de l’autre permettent d’en déduire que le jeune homme disait la vérité : il s’était endormi sur la route et s’était réveillé dans le tunnel plusieurs heures plus tard, sur la banquette arrière, sans savoir comment et par quel prodige il s’y était transporté. Le pull gisait à côté sans qu’il n’en sache rien, l’homme s’en était défait avec la négligence des psychotiques.

Or donc, un autre avait pris le volant de sa voiture.

 

 

 

 

« Et un jour, le 24 décembre 1974 à 9 heures, je profite d’une convocation du juge Di Marino pour lui exposer mes découvertes, demander à être éclairé sur certains points obscurs et demande à ce qu’on procédât à des enquêtes. Bref, crier mon innocence et demander justice.
Je n’eus même pas le temps d’achever mon préambule, Di Marino me dit : « Ça ne m’intéresse pas ! Vous mentez ! Au revoir !« 

Christian Ranucci, récapitulatif, mai 1976

 

 

Chapitre 42 – Christian Ranucci

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8 Commentaires

  1. Petites questions (peut-être inutiles 38 ans après les faits) :
    Quelle était la distance exacte entre le véhicule embourbé et l’endroit où le pull-over rouge a été déposé ? Quelques mètres ? Quelques dizaines de mètres ?
    Ces fameuses planches derrière lesquelles était caché le pull, a-t-on pensé à les analyser ?
    Le sol permettait-il de voir des traces indiquant que ces planches auraient pu être tirées, ou traînées, par quelqu’un ?

    • Le pull se trouvait tout à côté de l’endroit où la voiture de Christian Ranucci était stationnée, quelques mètres tout au plus.

      À l’époque les moyens d’investigation étaient fort limités : la seule chose qui était envisageable c’est de rechercher des empreintes digitales, mais visiblement cela n’a pas été fait.

      Je ne sais pas si les enquêteurs ont recherché à savoir si les portes avaient été tirées, et à quel moment. Il est vraisemblable qu’ils ne l’ont pas fait.

      Cependant,on peut déduire de la façon dont cet homme se comporte, qu’il a dû cacher son pull de façon négligente, parce que soudain, comme il faisait trop chaud, il lui semblait inutile de le conserver. Or donc les planches se trouvaient sans doute déjà en place.
      C’est un sol de terre, il est humide et une porte que l’on tire aurait laissé vraisemblablement une traînée, cependant, les enquêteurs se sont focalisé sur les traces de roue bien plutôt.

  2. Bonjour cher admin,
    C’est toujours avec un grand plaisir que je vous lis. Donc, selon vous, Christian Ranucci ne serait pas sorti de sa voiture ? Il serait tombé, exténué sur le siège passager? Et quand les Aubert seraient arrivés, ils ne l’auraient pas vu dans la voiture ? Ils sont restés loin du coupé ?
    Moi ce que je trouve grave, c’est l’erreur de Mme Aubert qui parle « d’arracher une enfant de la porte arrière« … alors que la Peugeot était un coupé !

    • En réalité, ce que vous soulevez est le nœud du problème et marque la faiblesse de l’accusation. Si Christian Ranucci avait enlevé une petite fille, il ne se serait pas arrêté au bord d’une nationale, il aurait cherché un chemin où il puisse se cacher. Ce sont donc les constatations qui permettent de déduire en fin de compte que Christian Ranucci, assurément, n’a pas pu descendre de sa voiture après qu’il se soit arrêté sur le bord de la route après l’accident.

      Il suffit d’imaginer qu’il descend de voiture, fatalement les Aubert l’auraient vu et donc l’auraient reconnu lors du tapissage. Se serait-il caché, qu’on ne peut comprendre comment les Aubert auraient pu manquer les cris de l’enfant, et bien plus encore l’enfant terrorisée se serait précipitée sur eux.

      Il n’est pas descendu de voiture car sinon, il aurait vu la voiture des Aubert et l’aurait admis, d’autant plus facilement qu’il pouvait alors démontrer qu’il était seul dans le véhicule.

      C’est Christian Ranucci qui explique à ses avocats qu’il n’est pas descendu de voiture et qu’il n’a vu personne. Or ceci n’arrange pas les affaires de la défense car rien ne permet alors d’attester la présence de l’homme au pull rouge. Il faut donc en déduire que Christian Ranucci dit la vérité :

       » Je ne me souviens de rien parce que j’étais soûl. J’ai passé la nuit du dimanche au lundi, non pas à Salernes comme me l’ont fait dire les flics, mais à Marseille, à traîner dans les bars du quartier de l’Opéra. J’ai bu énormément. C’est vrai que je bois très peu d’alcool, mais de temps en temps, je m’offre un dégagement et je me biture à mort. Le lundi matin, quand je suis parti de Marseille, je n’étais pas clair, absolument pas. L’accident m’a achevé. J’ai roulé encore un peu et je suis tombé dans les vapes. »

      Il ne dit pas qu’il est tombé sur le siège arrière, non il tombe littéralement dans les pommes, sans doute tout simplement affalé sur le volant. Et notera-t-il dans son récapitulatif que le fait de se réveiller sur la banquette arrière l’a surpris.

      Effectivement, les Aubert ne se sont pas approchés et ils ont cru qu’il n’y avait personne dans le véhicule, trompé par une sorte d’illusion : ils voient une personne qui s’enfuit et disparaît en deux secondes, ils s’imaginent qu’il s’agit du conducteur. Or ce n’est pas le cas. Tout démontre que les Aubert n’ont pas pu s’approcher, dans le cas contraire ils se seraient aperçu de la présence de Christian Ranucci et donc ils l’auraient reconnu dans une opération de tapissage. Or ils ne le reconnaissent pas.

      La cause est donc entendue et donc, on comprend bien que Mme Aubert invente et ne dit pas la vérité. Comme dit Mme Mathon, c’est un faux témoin. Elle parle de portière arrière parce qu’elle n’a pas vu le coupé de près. Elle dit que la petite fille était à quelques mètres d’elle, c’est rigoureusement impossible. Si tel était le cas, la petite fille, absolument terrorisée, ne cherchait qu’une chose : du secours et elle aurait appelé au secours.

      Ce qui est impressionnant dans l’indignité humaine c’est de constater son ampleur, comment ces gens ont-ils pu vivre tant d’années en portant un tel poids sur les épaules, une telle misérable lâcheté ?

      • Je suis d’accord avec vous !!! Savez vous ce qu’ils sont devenus ? Selon M. Bouladou, Mme Aubert aurait toujours parlé d’une enfant et ce sont les gendarmes qui ont changé sa déposition ! Vous y croyez ?

        • Je sais qu’ils existent toujours et que M. Bouladou autrefois a pu rencontrer M. Aubert. Je n’en connais pas plus, et cela me semble aujourd’hui assez secondaire dans la mesure où je ne pense pas qu’ils puissent révéler un jour la vérité, c’est devenu hors de toute portée.

          Je vous renvoie à ce lien où je crois donner un certain nombre d’explications.

          Les gendarmes n’ont jamais rédigé de déposition de Mme Aubert. M. Alain Aubert téléphone à la gendarmerie de Roquevaire le 4 juin à 15h10. C’est ce que les gendarmes notent. Imaginons un seul instant que M. Aubert ou Mme Aubert aient aperçu un enfant, c’est bien la première chose qu’ils vont dire aux gendarmes : ils téléphonent en conséquence de l’enlèvement d’une petite fille pour donner un signalement. Ils parlent d’un homme dont ils pensent qu’il est le conducteur de la 304 – en cela ils se méprennent sans doute – et qui transporterait un paquet assez volumineux (j’émets personnellement cette hypothèse qu’il s’agit vraisemblablement de ses vêtements tachés de sang).

          S’ils avaient dit : j’ai vu une enfant. On se serait empressé de réunir une escouade de gendarmes et dans l’instant, inviter M. Aubert à se rendre sur les lieux. Mais ce n’est pas ce qui se produit : la gendarmerie de Roquevaire transmet l’information à celle de Gréasque qui se contente d’envoyer une estafette de quatre gendarmes le soir du 4, lesquels ne trouvent rien. Le 5, cette fois ce sont les gendarmes de Gréasque qui cherchent à joindre M. Aubert. M. Aubert ne rappelle pas de sa propre initiative. C’est en réalité l’intervention de M. Martinez qui fait basculer le dossier, il croit pouvoir dire qu’un enfant avait pu se trouver à bord du véhicule tamponneur.
          C’est donc qu’il ne l’a pas vu lui-même, or il s’est trouvé tout près de la 304.

          Et M. Aubert fait une déposition aux gendarmes tout à fait crédible, mais qui signifie qu’il ne s’est pas approché, qu’il n’a aperçu l’homme mystérieux et son paquet que deux secondes et qu’ensuite il a été confronté au silence, cet homme ne répondant pas à son injonction de se montrer. Ce qui est effectivement assez inquiétant.

          Pourquoi tout ce qu’ils enjolivent ensuite ne tient pas ? C’est qu’on ne comprend pas par quel miracle cette petite fille n’aurait pas été terrorisée et n’aurait pas demandé du secours en les voyant à quelques mètres, cela ne se peut pas. Comment il peut se faire que Christian Ranucci ne les aient pas aperçus ? Les Aubert ont vu effectivement la 304 au sortir du virage, cela ne fait aucun doute, ils ont aperçu l’espace de deux secondes le ravisseur de l’enfant – cette enfant était déjà morte depuis un moment. Ils n’ont pas vu Ranucci affalé dans son véhicule, ils n’ont pas vu Marie-Dolorès qui gisait déjà dans le fossé depuis une heure.

  3. Bonjour,

    Je suis tombée par hasard sur votre site en faisant des recherches sur cette affaire. J’ai toujours été intriguée par ce dossier, aussi loin que je me souvienne. Je n’ai pas d’intime conviction quant à la culpabilité ou l’innocence de Ranucci car trop de questions restent sans réponse. Cependant le nombre d’incohérences de cette affaire laisse indéniablement sceptique, et les personnes disant le contraire sont dans un état de déni ou de mauvaise foi total.

    J’ai tendance à penser que Ranucci, s’il était innocent, s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. C’est gros, c’est dingue, mais rien n’est impossible, surtout en matière de crime. Dans tous les cas, cette affaire a été bâclée, les éléments étaient bien trop légers pour condamner un homme à mort, la justice a failli à son devoir d’impartialité, emportée par la passion et les différentes pressions/enjeux de l’époque. Et ça c’est un fait.

    Cependant, en ce qui concerne votre article, j’avoue ne pas accrocher, du moins de prime abord, à l’hypothèse que vous avancez. En effet, pourquoi le meurtrier présumé alias l’homme au pull over rouge, aurait pris le risque de s’approcher de la voiture de Ranucci, et qui plus est de la déplacer? En admettant que Christian Ranucci était bien dans les vapes, il pouvait se réveiller à tout instant, surtout si l’homme l’a secoué ! Il serait alors devenu un témoin gênant dont il aurait fallu se débarrasser, ce qui aurait bien plus compliqué la tâche du meurtrier que de laisser Christian Ranucci et sa peugeot garés à proximité du lieu du crime… De plus la voiture, à mes yeux, ne constituait pas une véritable menace pour lui, elle était stationnée en contrebas du lieu du crime, pas à côté, et Ranucci était juste évanoui, il était assez évident qu’il allait se réveiller et repartir, sans spécialement attirer l’attention des passants… Mais si l’hypothèse selon laquelle le meurtrier était toujours présent sur le lieu du crime lorsque Christian Ranucci est venu se garer au bord de la route s’avère vraie, alors effectivement il a forcément été dérangé ou stressé par sa présence. Cependant, de mon point de vue, des choix moins risqués et plus logiques s’offraient à lui pour se sortir de cette situation, aussi psychotique soit-il.

    Ceci n’est évidemment que mon ressenti, et j’ai peut-être mal interprété vos propos malgré ma lecture attentive, auquel cas n’hésitez pas à me le faire savoir.

    Peut-être pourrez-vous aussi m’éclairer à propos de certains éléments qui me bloquent totalement dans cette affaire, (malgré mes nombreuses recherches) et à cause desquels je ne parviens pas à me faire une opinion sur l’innocence ou la culpabilité de Ranucci, ce qui me frustre au plus haut point.

    Bonne journée.

    • Il me semble tout d’abord que la nouveauté de ma proposition résulte beaucoup plus du fait que selon moi la simca 1100 se sera trouvée dans le chemin de la Doria, ce qui explique la raison pour laquelle personne ne l’a aperçue sur les lieux. Ensuite, le fait que selon moi, la petite fille n’a pas surgi de la voiture sur la nationale mais qu’elle s’est enfuie et qu’elle a traversé la garrigue – ce dont attestent les nombreuses griffures sur les jambes qui n’ont jamais été expliquées jusque là.

      Ensuite la question du trajet de la Peugeot de Christian Ranucci doit se prendre par deux bouts opposés: le fait qu’elle se soit trouvée dans le tunnel de la champignonnière. Christian Ranucci n’était pas en capacité de la conduire à cet endroit parce qu’il ne le connaît pas et que pour gagner ce tunnel, il est absolument indispensable de connaître son existence. Ceci est corroboré par le fait que la personne qui descend la voiture sait qu’on ne peut pas faire demi-tour et qu’il faut donc descendre en marche arrière.
      Donc on en déduit que c’est l’homme au pull rouge qui a conduit cette voiture depuis la nationale jusqu’au tunnel. On en déduit que Christian Ranucci dit vrai : il était dans les pommes, il ne s’est rendu compte de rien et il ne sait même pas comment il s’est retrouvé sur la banquette arrière de sa voiture.

      Cela c’est le premier bout : on est certain que cet homme ayant vu la voiture au bord de la route a décidé de la déplacer. Il n’y a personne d’autre pour le faire.

      Pour quelles raisons a-t-il fait cela ? Sans doute parce qu’il gagne du temps à descendre dans le tunnel en voiture. Pourquoi le tunnel ? Parce que je fais la supposition que la Simca 1100 ne lui appartient pas, qu’il ne peut pas y mettre un cadavre et pas plus des vêtements tachés de sang.
      Il ne va pas transporter la gamine dans le coffre de la voiture de Christian Ranucci, surtout la descendre sur la nationale, donc il la cache sommairement. En revanche les vêtements compromettants, il peut se dire : il y a le tunnel, on n’ira pas les chercher là.Je pense personnellement que les policiers ont trouvé le sac et les vêtements, mais qu’ils les ont cachés et détruits.

      Alors l’autre bout pour prendre la scène, c’est de se placer de son point de vue. Donc il est en haut du talus, il domine, il est caché par les arbres et les broussailles et il voit une voiture qui s’arrête : Christian Ranucci. Son réflexe visiblement est de s’approcher puisque lorsque M. Aubert survient quelques minutes plus tard, cet homme mystérieux est près de la voiture, il tient les vêtements tachés de sang dans un sac « assez volumineux » et dès qu’il les aperçoit, il se cache et ne reparait plus et lorsque M. Aubert lui dit de revenir, précisant qu’il ne s’agit que d’un accident matériel (preuve que M. Aubert n’a jamais vu d’enfant), l’homme ne répond pas.

      Donc lorsque M. Aubert repart en faisant demi-tour et sans s’approcher de la Peugeot, ayant annoncé qu’il allait revenir, une chose est sûre, cet homme déplace la voiture/ Quand M. Martinez repasse un quart d’heure après, elle n’est plus là.
      Alors cet homme aurait-il pris un risque ? Non, puisqu’il se dit : tel qu’il est caché, on ne va pas retrouver le corps tout de suite. C’est quelqu’un qui a un culot monstre puisqu’il revient voir Mme Mattéi et qu’il lui parle en assurant qu’il ne recommencera pas… Donc il secoue Ranucci et Ranucci ne se réveille jamais, il le bascule sur la banquette arrière et il ne se réveille pas plus. Donc il est mieux que la voiture ne reste pas trop près du cadavre et puis pour le tunnel, il gagne du temps. Il était même prévu qu’il retourne chemin de la Doria, mais la Peugeot s’est enlisée et donc il a dû repartir à pied.
      Mme Mattéi est un témoin gênant, Jean Rambla est un témoin gênant, tous ceux qu’il croise sont des témoins gênants. Mais dans de telles circonstances, ce n’est pas la question. Il est sans doute dans un état second et il a la détermination des somnambules, il fait les actes qu’il croit utiles à la dissimulation du crime en prenant ce qui est le plus commode et il ne réfléchit pas beaucoup plus loin. Il n’a pas peur de laisser le paquet de biscuit, le pull n’est pas vraiment caché, sinon dissimulé sommairement derrière des planches. Il n’y a pas de programme. Il y a un enchaînement qui se reconstitue par les éléments du dossier : il est descendu avec la voiture puisqu’il laisse un pull tout à côté dans le tunnel et qu’il est le seul à pouvoir la mettre à cet endroit, il est remonté à pied puisque le chien suit sa piste. Il a traversé la route pour aller de l’autre côté puisque la piste s’arrête. Donc je suis d’accord avec vous, il n’avait pas vraiment de raisons de déplacer la voiture, mais c’est une certitude qu’il l’a fait, donc on part de cette donnée qu’il a déplacé la voiture et on remonte des causes qui sont plus ou moins logiques : le motif de cacher les vêtements est lui assez cohérent. Comme dirait l’inspecteur Grivel : ces vêtements étaient « inondés de sang ».

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