Comment peut-on s’apercevoir que Jennifer Mc Cluney et Carole Ackerman n’ont pas été victimes de viols, mais sont en mission pour le compte des services de police ou de renseignement français ?

Luc Tangorre est condamné en février 1992 à 18 ans de réclusion criminelle – avec circonstances atténuantes (sic) – pour le viol de deux étudiantes américaines. La presse présente les faits comme évidents. Elle masque les coulisses de cette opération inédite, qui n’avait d’autre but que de faire passer à la trappe sa demande de révision qu’il venait de déposer pour la précédente affaire et disperser un Comité de soutien bien trop encombrant.

Dragon Hammer

En mai 1988, se déroulent des exercices conjoints des pays membres de l’OTAN – dénommés Dragon Hammer. La marine française – sans que la France appartienne au commandement intégré – , y participe. Les vaisseaux de Transports de Chalands de Débarquement, Ouragan et Orage notamment y sont dépêchés.

Le port de Marseille accueille l’USS Hermitage à l’issue de l’opération, le bâtiment américain de transport de troupes mouille durant le mois pour entretien et révision. Une partie de l’équipage, probablement quelques officiers sont montés à Paris, sans doute pour établir un compte-rendu d’exécution commun avec l’état major de la marine à Paris.

La Marine ? Cela signifie que le fil de cet acte se perd dans les plus hautes sphères, qu’il a reçu l’assentiment muet du Ministère de la Défense…

Au centre du motif : la Direction des Affaires Criminelles et des Grâces au Ministère de la justice qui traite d’une demande de grâce transmise au Président de la République, François Mitterrand. Le Ministère de la Justice la soutient, y compris en la personne de son ministre, Albin Chalandon.

Il semblait autrefois qu’elle fût parcimonieuse, moins dispendieuse de clémence. Ainsi, l’attitude de l’administration judiciaire est inattendue car, dans le même temps, ils n’estiment pas qu’elle est véritablement fondée. Certes, le demandeur vient de déposer une requête en révision, mais il n’apparaît pas que l’exécutif, sous la houlette de Charles Pasqua notamment, se soient rangé à son objet : prendre acte du fait que l’institution judiciaire se serait trompée dans cette affaire de viols multiples à Marseille qui s’est déroulée au début des années 80 et qu’il conviendrait d’annuler la condamnation de M. Tangorre.

Bousculer ce dogme que l’institution judiciaire ne se trompe jamais ? Il n’en est pas question.

Pour la mise en œuvre du projet, il convient de prendre attache avec une jeune fille étrangère, venue d’un pays suffisamment lointain, afin qu’on ne puisse aisément remonter à la source dès que l’opération sera accomplie et que la « pauvre victime » soit inaccessible à toute enquête sérieuse. Cela signifie qu’il faut s’en remettre à un service étranger pour dénicher l’heureuse élue.

On passe par le Ministère de la défense. Le pays secourable, ce seront les États-Unis, les manœuvres conjointes de l’OTAN ont ceci d’appréciables qu’elles permettent de rapprocher les points de vue, ce sera un prêté pour un rendu.

Mais cela signifie, puisque cela touche les affaires étrangères, que le Président est informé du fait que Luc Tangorre ne bénéficie d’une grâce que parce qu’on a monté contre lui un nouveau dossier et que sa libération n’a d’autre objet que d’enclencher cette machination policière.

Enfin, il est préféré qu’elles soient deux. Le conseil avisé provient à nul doute des services, une jeune femme d’une vingtaine d’années jetée dans pareille tourmente est susceptible de flancher, surtout si elle doit affronter le ressentiment de celui qui se trouvera ainsi piégé. Si elles sont deux, l’une contraint de fait l’autre au silence sur la provenance des ordres et garantit que l’affaire ira jusqu’à son terme sans jamais être démasquée.

Nîmes – Orange

Le lundi 23 mai 1988, la gendarmerie de Grand-Gallargue, la brigade de l’autoroute, reçoit un appel de deux jeunes américaines à 23 h15 – on ne sait pas trop, l’un des gendarmes a noté 22h30 – : Poste de secours borne 19, point kilométrique 49 de la languedocienne, direction Orange. Elle dépêche la voiture de surveillance les recueillir, qui semblent affolées et parlent d’un viol. Elles ont craint que leur agresseur ne revienne et ont dû appeler en conséquence deux fois depuis la borne, seules dans la nuit…

Après un passage par le SAMU, durant lequel on constate qu’elles semblent choquées, mais nullement blessées ou présenter traces de violence, elles se reposent et sont invitées le lendemain 9h à reconnaître les lieux où le viol se serait déroulé : une pommeraie de la commune de Rodilhan, proche de l’autoroute.

Elles seront entendues le 24 mai à 13h après avoir dressé un portrait robot de leur agresseur.

La prise en charge par les services : dès les premiers mots de leurs dépositions, Mmes Ackerman et McCluney s’embourbent dans leurs propres inventions…

Cotes D9 et D10 du dossier, elles expliquent qu’elles sont étudiantes américaines en France, arrivées pour l’une à l’automne 87 et pour l’autre début janvier 88, qu’elles suivent des cours de français à l’Alliance Française, boulevard Raspail à Paris.

Sur un coup de tête, elles auraient décidé d’aller voir la mer et de partir pour Marseille (la Normandie, c’est pourtant plus près…), sans avertir la logeuse pour l’une, ou la famille d’accueil pour l’autre, en fugueuses, sans aucune préparation, sans aucun bagage puisqu’elles ne l’évoquent pas. Tandis qu’elles sont censées passer des examens le mardi en suivant…

Nous passerons sur les explications beaucoup plus tardives qui n’apparaissent pas dans le dossier et semblent pour le moins aberrantes : elles auraient rencontré des amis qui revenaient de la Côte d’Azur, ceci lors des qualifications du tournoi de Roland Garros (le tournoi ne commence que le lundi 23 mai, le lendemain de leur départ) et il faisait tellement chaud à Paris qu’elles ont eu envie d’aller voir la mer et de vivre « une aventure »… (la station de Montsouris note que les températures n’ont pas atteint 20° ces jours là sur Paris).

En vérité, tout se décide au dernier moment : il faut en effet attendre que M. Tangorre soit sur Marseille et non plus sur Lyon où il réside depuis sa sortie de Muret, et d’être sûr qu’il y restera jusqu’au lendemain.

Elles n’ont jamais fait de stop de leur vie :  » aux États-Unis c’est trop dangereux…  » énonceront-elles – ce sont des filles de bonne famille -, mais tout d’un coup, elles dédaignent prendre un billet de TGV pour aller à Lyon et parvenir à Marseille sans encombre et se pointeraient le dimanche veille de Pentecôte, en banlieue, au-delà de la Porte d’Orléans selon la première à 18 heures, ce qui est tout sauf une heure pour faire du stop sans danger… Elles expliqueront plus tard que l’idée serait venue par l’entremise d’une copine de l’alliance française qui se serait rendue dans le midi de cette façon et qu’il ne lui serait rien arrivé de fâcheux.

Les deux américaines n’ont jamais fait de stop…

L’une d’elles expose qu’un car de marins américains les aurait prises en stop – comment le conducteur a-t-il fait pour reconnaître juste à leur apparence qu’elles étaient également Américaines et passer outre le fait qu’un car de militaires ne prend jamais personne en stop ?

Cependant, l’endroit idoine pour faire du stop lorsque l’on se dirige sur Marseille par l’autoroute – Mme McCluney précise qu’elles ont pris l’autoroute -, c’est la Porte d’Orléans elle-même, or selon Mme Ackerman, elles se seraient rendues en proche banlieue, ce qui pour le coup est aberrant puisque qu’il n’existe pas d’autre entrée d’autoroute après la Porte d’Orléans avant 10km : Fresnes, qui s’atteint par le bus 187 qu’elles n’évoquent nullement.

Si l’on cherche à rétablir la vérité, il est bien plus probable qu’elles avaient rendez-vous avec des officiers américains qui devaient les prendre en charge, peut-être non loin ou même dans l’enceinte de l’ambassade, qui jouxte l’hôtel de la Marine où siégeait le commandement de la marine française, place de la Concorde.

On en déduit que ce sont des officiers américains qui les ont descendues sur Marseille, sur ordre, alors qu’ils regagnaient leur bâtiment d’attache… Elles signalent qu’elles ont voyagé la nuit, sans aucune précision sauf le fait de s’être arrêtées dans une cafétéria pour prendre une collation, on suppose le repas du soir…

Les premières consignes : ne dites rien à personne

On aperçoit mieux les raisons pour lesquelles personne n’a été prévenu, elles ont reçu consigne de ne parler à personne de cette mission. Personne ne devait pouvoir les atteindre : leurs seuls interlocuteurs, les services qui les dirigeaient. D’où le fait de passer par le commandement américain pour la prise en charge et le voyage, de ne surtout pas prendre les transports en commun et notamment le train…

Elles parviennent à Marseille affirment-elles vers 6 heures du matin. Le bus aurait débarqué les marins afin qu’ils regagnent leur bâtiment – l’USS Hermitage – donc dans le centre de Marseille, et les auraient conduites à la sortie de la ville sur l’autoroute du sud où elles auraient encore une fois fait du stop jusqu’à Toulon.

On comprend que, s’il était question véritablement de faire du stop, le bus transportant les marins les aurait laissé à son point d’arrivée, sur le vieux port, et que c’est de ce point qu’elles auraient cherché à se rendre dans une autre localité. Mais pour quelle destination finalement ? Elles sont parvenues à bon port, au bord de la mer, il leur suffirait de prendre un bus pour parvenir aux calanques si elles souhaitent, de rejoindre la Corniche, ou prendre le train pour se rendre à Cassis, sachant qu’elles doivent repartir le soir même pour être à l’heure à leurs examens du mardi… En stop, tout déplacement devient aléatoire…

L’une d’elle a parlé de Cannes plutôt que Marseille… Pourquoi Cannes ? Elles ne sont même pas en accord sur la destination qu’elles étaient censé s’être choisie…

Pourquoi ne pas se rendre à la Ciotat ? L’une d’elle y a fait un séjour il y a quelques années chez des connaissances et y retournera trois ou quatre mois plus tard ? Pourquoi ne pas les joindre à ce moment ?

Mieux encore, une nuit de voyage en car est éprouvante, et l’on peut estimer qu’elles n’ont pas bien dormi dans de telles conditions. Comment se fait-il qu’elles ne cherchent pas à se reposer ? Tout cela ne recèle strictement aucun sens.

Le taxi ne les a pas prises en « stop », il était en tarif B – nuit, dimanche et jours fériés – et bien plutôt est-il dépêché par l’armée ou les renseignements généraux pour les conduire à Toulon ?

À la sortie de Marseille, un taxi toulonnais les auraient prises en stop. C’est stupide, un taxi ne prend jamais personne en stop, il se fait payer, ou alors c’est qu’il les a draguées – et certains taxis du midi sont connus pour être assez insistants sur ce plan -, cependant qu’elles n’en rapportent rien.

En réalité, à Marseille, un taxi les attendait, et tout était minutieusement convenu. L’une d’elle se souvient du numéro de sa licence : 424 B qu’elle a dû apercevoir sur le compteur luminescent.

Le taxi 424 était donc en service et ne les a pas prises en « stop » comme elles le précisent fallacieusement, mais avait enclenché son taximètre en tarif « B » puisqu’il s’agissait du lundi férié. La course lui a bien été réglée, avec un billet de 100 francs remis aux jeunes femmes exprès par les services.

On peut se douter de cela car elles racontent que leur agresseur aurait sorti un billet de 100 francs d’une liasse qu’il avait dans une pochette afin qu’elles puissent prendre un taxi (sic). Luc Tangorre à cette époque n’avait pas repris un travail et se trouvait complètement désargenté. Et pourquoi parler d’un taxi alors qu’ils sont en pleine campagne ? L’agresseur des quartiers sud, dont on déduit alors qu’il ne peut être Luc Tangorre, avait l’obligeance de reconduire ses victimes à l’endroit où il les avait prises, pas de sortir des billets de sa poche !

C’est ainsi qu’elles sont transportées jusqu’à Toulon, sans doute pour un premier compte-rendu de préparation, puis vers la Seyne-sur-Mer – pour elles c’est encore du stop. Décidément, c’est jour de chance, elles qui n’ont jamais pratiqué cet art consommé de convaincre les voitures de s’arrêter.

Cependant elles ne gardent cette fois aucun souvenir de la personne qui les prend au débotté de Toulon pour la Seyne et nous pouvons supposer qu’elles sont transférées d’un point à l’autre par un véhicule de la marine française.

Simplement, l’une d’elle évoque une plage de galets et sans doute s’agit-il de la Plage de la Verne à la Seyne, une autre parle des Sablettes.

le C.I.N. de Saint-Mandrier

On peut en déduire qu’elles ont été conduites en réalité jusqu’à la presqu’île de Saint-Mandrier qui prolonge les lieux qu’elles évoquent et qu’elles ont bénéficié d’une chambre spécialement affrétée dans l’enceinte ou aux environs du Centre d’Instruction Naval qui se trouve à cet endroit.

De 8 heures à 14 heures (les horaires qu’elles indiquent (10h ou midi) sont incohérents…), se sont-elles reposées avant de se rendre sur la plage. Ce dont elles ne parlent pas et qui laisserait entendre a contrario qu’elles n’auraient pas dormi une seule seconde entre leur départ depuis Paris 18h jusqu’à Nîmes le lendemain 23 heures, ce qui n’est pas crédible du tout. Et se sont-elles restaurées.

Le plan à venir expliqué par « des hommes »…

L’une d’elles explique qu’elles ont « discuté un peu avec des hommes sur la plage » (sic), sans aucune autre précision. Elles auraient lié connaissance avec des étudiants ou des jeunes de leur âge au temps de la Pentecôte, on pourrait y croire. Mais « des hommes » ? Voilà qui semble pour le moins inquiétant.

En réalité, elles n’ont rencontré personne et elles ne rencontreront personne tout au long de leur « aventure« , sinon la marine américaine, un chauffeur de taxi missionné pour les conduire à Toulon, puis des militaires français visiblement qui les prennent « en stop »… une autre façon de dire qu’elles sont attendues à Saint-Mandrier…

Ce sont donc des gens des services – les renseignements généraux ? la gendarmerie ? – qui les prennent l’après-midi en charge et ont pour mission de les conduire à Marseille « en stop » (sic), et de là seront-elles transportées jusqu’à Nîmes.

Il faut bien expliquer de quoi leur mission retourne, leur donner toutes les indications utiles sur ce qu’elles vont devoir raconter aux gendarmes de Rodilhan durant la nuit prochaine – elles sont sans doute averties que ces gendarmes là ne seront au courant de rien et qu’elles doivent « assurer » la crédibilité de leur déposition.

On espère pour elles qu’une telle prestation était rémunérée à hauteur de ce que l’on sollicitait d’elles, sinon cela serait bien misérable.

Les approximations fumeuses de J.M. Morandini au service du Parquet

On peut supposer donc qu’elles prennent des notes et que le dialogue ressemble à celui-ci : « Cet homme, nos services cherchent à le serrer depuis des années, il nous échappe…

Il a violé de nombreuses femmes sur Marseille sans que nous puissions formellement le confondre, peut-être même en a-t-il tué certaines, nous supposons au moins trois, et de cela nous ne sommes pas en mesure de le faire apparaître. Vous faites œuvre de salubrité publique en dénonçant une agression qu’il ne pourra pas cette fois réfuter… Nous comptons sur vous, pour aller jusqu’au bout sans fléchir !« 

Elles prennent des notes sur la description avec moult détails de la 4L verte notamment dans laquelle elles sont censées monter, renseignements qui proviennent d’une surveillance approfondie du véhicule par les services, en faisant bonne mention des piles de livres emballés qu’elles sont censées apercevoir dans le coffre,

Se remémorer cet « agresseur dangereux » qu’elles devront décrire, en leur transmettant ce que les services viennent tout juste de consigner de sa tenue vestimentaire, en scrutant ses allers et venues le jour même.

Elles notent aussi qu’ils ont choisi un lieu qu’il connaît bien et qu’il a apprécié : « il y a vécu durant son enfance… Mentionnez-le car cela finira de le confondre…« 

Pour les sous-vêtements, il se trouve une impossibilité, on ne peut pas aller y regarder et donc elles n’en sauront rien et, de ce fait, ne le mentionneront pas, même lorsque l’une d’elle explique qu’il se serait mis nu devant elles. Elle en aurait fait une description, même sommaire, le récit en aurait pris une certaine crédibilité. En cette absence, il n’en possède strictement aucune.

Transportées sur les lieux du viol, oui mais par les services…

De Marseille, on leur annonce qu’elles seront transportées jusqu’aux environs de Nîmes, à l’endroit du « viol ». C’est ce lieu précisément où s’est déroulée une part de son enfance, lorsqu’il avait 12 ans.. Pourquoi revoir ces lieux qu’il n’a plus visités que très épisodiquement depuis 15 ans et parcourir autant de kilomètres alors que la famille est réunie pour un baptême ?

Il est bien possible que cette voiture des services ait emprunté l’autoroute et le chemin le plus direct par Arles, sans remonter jusqu’à Avignon, leurs convoyeurs spécifiant cependant aux deux jeunes femmes que le trajet de leur agresseur était supposé se faire par la route – les renseignements généraux ont noté qu’il ne prend jamais l’autoroute payante avec sa 4L, car elle plafonne à 90 km /h -, qu’il serait passé par Avignon, un endroit où il a vécu avant de repartir vers Nîmes et leur a-t-on servi le repas du soir (si l’on suit leurs dépositions, elles n’ont pas mangé depuis la veille au soir).

La route est en tous cas préférable, car si jamais leur « agresseur fictif » avait emprunté l’autoroute, la direction de Lyon aurait disparu sur les portiques après Avignon, éveillant leur soupçon sur les véritables intentions du conducteur. Or, feront-elles comme si elles avaient gagné la région de Nîmes par les nationales tout en se mélangeant, citant Arles, ville par laquelle elles ont dû réellement passer, et Avignon car le scénario le supposait puisqu’il y avait vécu, en s’imaginant à tort que la ville d’Arles se trouvait sur le même axe…

Ce qu’elles énonceront aux gendarmes du Gard ne fait alors aucun sens : elles seraient passées devant le Palais des Papes et Luc Tangorre leur aurait proposé de le visiter – alors qu’il est 19h30 et que les guichets sont sur le point de fermer, ce qu’il ne peut ignorer.

Et puis, que signifie cette direction ? Luc Tangorre leur aurait dit qu’il pouvait les remonter jusqu’à Lyon, ce qui ferait sens puisqu’il y réside… Sauf qu’il se trouve à Marseille et compte aller le lendemain à Avignon où l’attend un rendez-vous. Cette proposition est en conséquence absurde et ne cadre pas du tout avec le contexte de vie de celui qu’elles accusent.

Et puisqu’il s’agit d’une pulsion à ce qu’il leur a dit, on ne comprend pas qu’elle ne se déchaîne qu’après 150 km, dans une région où il n’a plus rien à faire depuis des années, il lui suffisait de trouver un chemin creux du côté de Salon pour assouvir ses prétendus fantasmes d’agression et revenir à Marseille rapidement où son absence se serait faite très tôt sentir…

Mieux encore, dès lors qu’il va se diriger sur Nîmes, au coucher du soleil, elles vont se rendre compte qu’après Avignon, elles roulent dans la direction opposée, vers l’ouest et le sud – soleil de face – et non plus vers le nord, ou bien alors s’agit-il de vraies bécasses, ce qui n’est pas crédible. Or donc pourquoi ne demandent-elles pas à sortir de la voiture aussitôt ?

L’affabulateur adapte son discours aux réfutations qu’on lui oppose…

Et l’on reconnaît les affabulateurs à ce qu’ils adaptent leurs discours aux réfutations qu’on leur oppose… Puisqu’on leur a fait remarquer qu’il est tout de même étonnant de manquer à ce point du sens de l’orientation et de s’égarer sans rien dire dans une direction qui n’est pas la bonne – alors qu’elles sont supposées remonter sur Paris, où les attendent leur logeuse et famille d’accueil, sans nouvelles depuis la veille -, elles changent de version quelques mois plus tard et indiquent que Luc Tangorre acceptait de les remonter, mais pas jusqu’à Lyon, car il avait rendez-vous avec des amis.

Pour ces deux affabulatrices, le soir des faits, c’était jusqu’à Lyon, six mois après, c’est avant Lyon.

Entre autres curiosités, elles expliquent qu’il aurait fait le plein au commencement du parcours, au relais des Chasseurs, tout près de l’étang de Berre – sans doute s’agit-il de la voiture des services de l’armée ou des renseignements qui les a conduites – mais pour ce qui concerne la 4L, le plein vient d’être fait durant l’après-midi et l’on ne voit pas comment on pourrait remplir un réservoir déjà plein…

Toujours est-il qu’aucune reconstitution digne de ce nom – et les juges recommenceront trois fois – ne parviendra à définir un parcours cohérent qui puisse relier la station d’essence de l’étang de Berre à la bourgade de Rodilhan dans les temps impartis (on arrive toujours trop tard au regard des déclarations des plaignantes qui situent l’arrivée trois quart d’heures avant le coucher du soleil).

On a beau refuser d’utiliser la 4L de Luc Tangorre en sachant pertinemment qu’elle est exagérément poussive et retardera l’heure d’arrivée, le trajet est toujours trop long et demeure sans cohérence : nul ne sait pourquoi il eût fallu remonter jusqu’à Avignon au lieu de passer par Salon puis Arles, ce que semble appuyer le fait de s’arrêter au relais des Chasseurs et celui de longer l’étang de Berre…

Ni Mme McCluney, ni Mme Ackerman ne sont jamais montées dans la voiture de Luc Tangorre…

La description qu’elles font aux enquêteurs de la L verte se fonde sur des détails : il n’y a pas d’autoradio, elles ont remarqué trois vignettes sur le pare-brise, dont une rectangulaire et les deux autres rondes, le pare-choc arrière est défoncé, le bouton-poussoir de l’une des portes est enfoncé…

C’est à ce point précis qu’il semble que cette déclinaison soit le fait d’un huissier venu faire un état des lieux avant cession.

Cependant, une caractéristique manque : la banquette arrière de la voiture n’est pas fixée au châssis. Elle est venue en remplacement et le modèle ne correspond pas à la série. Il faudrait repositionner les trous de fixation autrement, ce que Luc Tangorre n’a pas encore fait. De cette anomalie, on ne peut s’en rendre compte de l’extérieur en observant la voiture, il faut pour cela monter dedans et s’installer à l’arrière…

Cote D697 / Mme le juge à Jennifer McCluney : « Carole qui était assise à l’arrière du véhicule vous a-t-elle signalé une anomalie particulière du siège ?

Mme McCluney : « Je ne m’en souviens pas. Je sais que c’est une banquette marron. De toute façon, nous avons déjà reconnu la voiture. »

Elle ne dit pas qu’elle a vue une banquette marron mais qu’on lui a dit que la banquette était marron…

Or, en essayant de fixer la nouvelle banquette qu’il avait acquise, Luc Tangorre s’est aperçu que ses crochets de fixation ne correspondaient pas avec ceux de la voiture. La banquette était donc instable. Tous ceux qui étaient montés à l’arrière en avaient fait l’expérience. Au moindre virage, il fallait se tenir pour ne pas tomber.

Joseph Tangorre avait essayé de faire constater aux gendarmes et au juge cette anomalie qui était en contradiction avec les déclarations des deux Américaines. Ce n’est que le jour du procès que le président Maleval posa la question à deux témoins, Mmes Dufraisse et Piazza qui, le 23 mai, avaient pris place sur cette banquette le jour des faits pour visiter Marseille. Toutes deux se souviennent qu’elle bougeait, «ce qui provoquait nos rires dans les tournants», raconte l’une d’elles.

    — Pourquoi ne l’avez-vous jamais dit ? interroge le président.

    — Lorsque j’ai été interrogée par les gendarmes, répond Mme Dufraisse, ils ne me l’ont pas demandé. Sinon, j’aurais dit ce que je vous dis aujourd’hui.

Roger Colombani – les Ombres d’un dossier

Si Carole Ackerman n’a rien remarqué à propos de la banquette, c’est bien qu’elle ne s’est jamais trouvée dessus lorsque le véhicule roulait. Preuve est donc bien rapportée que les deux Américaines mentent effrontément.

Une scène de viol totalement invraisemblable…

Le violeur des quartiers sud était intelligent, il ne s’attaquait qu’aux femmes seules et les coinçait en les plaquant contre un mur ou dans un angle.

Deux femmes, l’idée même est fort mauvaise… Or donc la scène qu’elles décrivent va se révéler absurde, car l’on ne comprend pas pourquoi l’une d’elle ne s’enfuit pas chercher du secours, ou bien qu’elles ne se révoltent pas et ne lui tapent pas dessus…

Une fuite tout aussi invraisemblable…

Les faits se produisent dans la campagne qui jouxte la ville de Nîmes. Il faut donc s’imaginer ces deux filles livrées soudain à elles mêmes dans la nuit, sur une route de campagne étroite, privée de tout éclairage.

Elles expliquent qu’elles se seraient enfuient à travers champ, mais la nuit, sans aucun éclairage, avec une lune sous premier quartier, ce n’est pas envisageable. D’ailleurs elles expliquent qu’elles ont aperçu les haras de l’hippodrome, c’est donc qu’elles sont passées par la route derrière cet hippodrome, comme nous l’avons dessiné sur la figure, et non pas en coupant à travers champ.

Or, si elles contournent l’hippodrome, comment se fait-il qu’en se dirigeant vers l’autoroute – le grondement qu’elles perçoivent peut certes les attirer – depuis la Pommeraie où se seraient produits les faits, elles ne s’arrêtent pas aux maisons qui se trouvent sur le chemin pour demander du secours et pour prévenir ? Elles font du stop depuis la veille mais sont incapables de sonner à la porte ?

Comment ont-elles atteint la borne d’autoroute au kilomètre 49 ? Si l’on se trouve à pied, la tendance est de se rendre jusqu’au pont, mais ensuite s’agit-il de descendre sur la chaussée en traversant des talus peu commodes et de parcourir une assez longue distance pour la rejoindre. Mais visiblement, puisqu’elles évoquent les haras, ce n’est pas ce qu’elles font, elles tournent à droite au niveau de l’Hippodrome qu’elles contournent pour rejoindre une entrée de service…

Pour les services qui ont pris soin de repérer les lieux peu avant, il était tout simple de les conduire en voiture, longer l’autoroute en empruntant le chemin de l’hippodrome

Tout près de la borne 19, se trouve une entrée de service dont on peut supposer, soit que les chauffeurs en détenaient le cadenas via la gendarmerie de Grand-Gallargue et ont gagné la borne en voiture en roulant sur la bande d’arrêt d’urgence, soit que les jeunes femmes l’ont enjambée pour gagner à pied le poste du km 49 à 40 mètres de là…

Ce qui expliquerait que l’un des gendarmes situe l’appel à 22h30 et non pas 23h15… En voiture, c’était bien plus rapide.

Borne de secours 19 km 49

Le double appel depuis la borne de secours également est un signe. Le premier se ferait en présence des agents des services pour ajuster avec la brigade de l’autoroute leur intervention, le second dix minutes plus tard sert à indiquer qu’elles sont seules désormais, que les services n’apparaîtront plus, et que tout est prêt pour la phase suivante…

Mais au fait ? Nonobstant qu’elles repèrent maints détails mais ne mémorisent rien du numéro d’immatriculation… Pourquoi a-t-on attendu 3 mois de retrouver prétendument un livre chez un libraire pour « confondre » Luc Tangorre au lieu de chercher une 4L verte dans le fichier des cartes grises des Bouches du Rhône, du Rhône ou du Gard ?

Des 4L de cette couleur, il ne doit pas y en avoir beaucoup en circulation.

Un homme qui se vantait au surcroît devant les deux filles d’avoir tué trois femmes, l’empressement s’imposait

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