4 Pater dimite illis, nesciunt enim quid faciunt

28 juillet 1976

La mort de Christian Ranucci est un signe, elle forme un lien entre deux époques. Nous ne le savions pas.

Elle fut comme un coup de tonnerre parce que l’on pensait jusque-là que le président Giscard respecterait une sorte de paix tacite qui l’éloignerait de la barbarie. Nous nous étions fortement trompé. Il était entouré de personnages fuligineux, que l’absence de toute pitié semblait l’onction de leur puissance, Ponia comme on l’appelait, le ministre de l’intérieur et Lecanuet à la justice – enfin devrait-on dire plus précisément à la tête de l’administration judiciaire.

Déjà à cet instant fallait-il défendre à toute force l’ordre de l’argent et comme toute croissance venait de s’éteindre, qu’il n’était plus temps de faire miroiter au travailleur le mirage de l’expansion auquel il se faisait une joie et un devoir de participer, il ne pouvait se partager que ce que l’on aurait soutiré aux salariés à force de chômage et de pression sur les salaires, tandis que l’inflation rongeait les revenus. L’on entretiendrait en gage la peur, en invoquant la peine de mort comme un rituel nécessaire à l’oubli de sa condition : se donner pour image le pouvoir de Dieu de donner et de reprendre la vie. Lire la Suite

2 Une image trompeuse

Rien n’est plus étonnant que de constater comment agit sur soi le prisme déformant de la presse et du journalisme. L’institution judiciaire n’a pas son pareil pour bâtir un théâtre où se mêle l’artifice et la vérité au point qu’on finirait par les confondre. La presse a ce défaut qu’elle se laisserait attirer par la splendeur des artifices quand la vérité ne semble pas sur le moment présentable. Et plus l’artifice paraît, plus le tourbillon s’enroule autour.

Lorsque survient l’affaire Ranucci, Giscard fête encore en juin 1974 ses nouveaux habits de président et passe encore pour un libéral qui abaissera bientôt l’âge de voter de 21 à 18 ans, instituera le divorce par consentement mutuel, le droit pour les femmes de disposer de leur corps et le droit pour les parlementaires de l’opposition de saisir le conseil constitutionnel. Lire la Suite

1 Le souvenir de Christian Ranucci

 

 

Lorsque Christian Ranucci a été légalement assassiné, le 28 juillet 1976on dénomme cela une exécution – je me souviens que nous étions au beau milieu de l’été et je n’étais déjà plus un enfant. Sur la table de la cuisine, on avait posé le journal Libération qui titrait de lettres noires : Le crime de l’État. Je n’ai jamais relu l’article qu’il contenait et qui traitait de cette décapitation, et je me rappelle, mais peut-être est-ce une déformation du souvenir, Lire la Suite